3ème COLLOQUE INTERNATIONAL DE KODJOBOUE 2021

organisé par l’équipe de recherche L3DL-CI S/C du LADYLAD et en partenariat avec la SIL, AKOFENA, ZIGLOBITHA


« L’adjectif : du questionnement fonctionnel dans les langues naturelles à l’analyse structuro-discursive »

Selon C. C. Du Marsais (1789)[1] « l’adjectif est un mot qui donne une qualification au substantif; il en désigne la qualité ou manière d’être. Or comme toute qualité suppose la substance dont elle est qualité, il est évident que tout adjectif suppose un substantif : car il faut être, pour être tel. » De ce point de vue, l’adjectif ne peut avoir de « sens » sans le substantif car, il est certain qu’il, le qualifie. En effet, il est un élément adjoint au nom qu’il complète. Quelle que soit sa position (postposée ou antéposée), l’adjectif a pour rôle de préciser la qualité du substantif auquel il est rattaché. Comme le souligne Noël et Chapsal (1886, p. 91) : « L’adjectif est un mot que l’on ajoute au nom pour exprimer les qualités, les diverses manières d’être des personnes ou des choses désignées par ce nom. » Son rôle est, certes, prépondérant auprès du nom, mais n’est pas nécessairement déterminant dans l’énoncé du point de vue de la syntaxe parce que les constituants essentiels d’une phrase sont : le sujet, le verbe et l’objet.
Une autre caractéristique connue, selon P. Gherasim (1998, p. 252) est que : « L’adjectif appartient à une classe de mots dont la forme peut varier en genre et en nombre ; contrairement au nom, il ne possède pas par lui-même un genre, celui-ci étant déterminé par le terme auquel il se rapporte. » Cette définition montre que l’adjectif n’a pas de genre propre dans la mesure où il copie les propriétés du mot qu’il qualifie. Pris isolément, l’adjectif est donc un élément linguistique neutre. Ses variations morphologiques, sa position dans l’énoncé et son sens sont intrinsèquement liés au mot auquel il se rattache. C’est un appendice du nom.  En ce qui concerne la variation morphologique de l’adjectif, elle peut s’observer à travers l’adjectif « grand ». Grand [gʁã] antéposé à « homme » [ɔm] se prononce [gʁãtɔm]. Par contre, grand [gʁã] antéposé à « femme » se prononce [gʁãdəfam]. Deux prononciations de l’adjectif grand [gʁã] sont remarquées en fonction de son environnement. La première prononciation fait intervenir dans le phénomène de liaison. Nous notons la perte du trait de sonorité de « d » qui devient subséquemment « t » pour faciliter la fusion de « grand » et « homme » du genre masculin, en une seule entité. La seconde prononciation de « grand » est due à son accord dans le genre féminin. « Grand » [gʁã] devient « grande » [gʁãdə] quand il se rapporte à un mot du genre féminin où le « d » reste sonore. Touchant le volet sémantique, pour designer l’idée d’un état de putréfaction pour des mots comme des «légumes » et « beurre », deux adjectifs distincts seront utilisés. D’une part, on parlera : de légumes avariés et d’autre part, on dira : du beurre rance nonobstant que ces deux adjectifs renvoient de manière générale au même sens. Parce qu’en effet, il faut tenir compte des traits sémantiques de « légumes » et «beurre » pour leur attribuer des adjectifs qui sont sémantiquement compatibles avec ces deux mots. En outre, dans sa typologie des adjectifs Mar. Lex.[1] (1951) affirme que :  
L’ancienne grammaire (Du Marsais) distinguait des adjectifs physiques, qui exprimeraient une qualité inhérente à l’objet (grand), des adjectifs métaphysiques, énonçant une qualité qui ne serait attribuée à l’objet que par l’effet d’un jugement de l’esprit (équitable), et des adjectifs pronominaux, qui servent à désigner un objet en l’individualisant sans lui attribuer une qualité spéciale : ce, chaque… On appelle parfois aujourd’hui adjectifs-pronoms les adjectifs de cette dernière catégorie, du fait qu’ils comportent d’ordinaire une forme pronominale : celui-ci, chacun. 
La typologie de Mar. Lex. montre que l’adjectif renferme plusieurs facettes. Autrement dit, tous les adjectifs n’ont pas les mêmes fonctions.
Fort de ce qui précède, l’inhérence des propriétés de qualification de l’adjectif n’est guère discutable à tous égards. Cependant, l’adjectif qualificatif connait-il les mêmes réalités dans les langues africaines ?  En fait, si la description, ci-dessus, de l’adjectif qualificatif est en grande partie observable dans les langues occidentales, elle peut s’avérer inopérante ou inadéquate dans nombre de langues africaines. En effet, G. B. Mel (1994) fait la distinction en aïzi d’Abra entre les adjectifs purs et les adjectivo-verbaux. Selon lui, les adjectifs n’ont aucun usage verbal tandis que les adjectivo-verbaux, en plus de pouvoir fonctionner comme adjectifs, sont aussi susceptibles de se comporter comme des verbes dans la langue.
En outre, K. A. E. Kra (2007) dans son étude sur la « La qualification en koulango », soutient, d’une part, que : « L’adjectif est formé à partir d’un radical adjectival auquel est affixé un suffixe de classe nominale », et d’autre part qu’« on peut également construire l’adjectif à l’aide d’un verbe qualifiant en adjoignant, avec ou sans dérivatif, un suffixe de classe au radical verbal. » Cette position rejoint en substance celle de G. B. Mel (1994) ci-haut.
De plus, l’étude de O. K. Yéo (2020) sur « L’adjectif qualificatif et son accord dans les langues senoufo » confirme l’hypothèse selon laquelle, dans certaines langues africaines le fonctionnement adjectif qualificatif est diffèrent de celui observé dans plusieurs langues occidentales quand il postule :
…qu’en  sénoufo, il  n’existe  pas  d’adjectif  qualificatif dans  la fonction d’épithète. En tant qu’épithète, ce sont des bases adjectivales et non des adjectifs que l’on retrouve dans certains noms composés. Autrement dit, dans ce groupe  de  langues,  l’adjectif  qualificatif  en  tant  que  tel  est  un  attribut  du sujet. 
(O. K. Yéo, 2020, p. 29)
Le sénoufo, langue Gur issue de phylum Niger-Congo comporte plusieurs variétés dans lesquelles on peut observer une disparité ou une similarité manifeste dans le fonctionnement de l’adjectif (Yéo, 2020). Aussi, dans l’analyse de S-P. Feikere (2018, p. 15), il est observé une autre manifestation de l’adjectif qualificatif dans ce sens qu’ « en bàgìrɔ, les adjectifs sont exprimés par des substantifs qui jouent et assument ce rôle d’adjectifs. » Le questionnement quant à l’identification et la position de l’adjectif qualificatif pourrait avoir un début de réponse chez J. Baka (1998, p. 52) qui dit :
La  lecture de l’ensemble des données  permet  de  relever que la  variabilité en nombre  et/ou en genre  bien  qu’elle  soit  présente  en  bantu,  en français  (ou  en allemand) n’est  pas générale  dans  les langues du monde. Le sens que porte un lexème ne suffit pas  non plus  à  déterminer la catégorie  à  laquelle  il  appartient. C’est plutôt la syntaxe qui intervient de manière déterminante dans l’identification  et la différenciation  des catégories  grammaticales.
J. Baka (1998, p. 52)
Il ressort de cette assertion que l’adjectif qualificatif n’est pas toujours facile à déterminer dans certaines langues et que la syntaxe constitue un atout majeur pour son identification. En définitive, l’adjectif n’a pas une définition universelle donc conciliante puisqu’il se manifeste différemment dans les langues du monde. Cependant, il y a une convergence transversale du fait que l’adjectif qualificatif demeure l’expression de la qualité quelle que soit sa forme, sa nature et sa position dans la chaine parlée. Ce colloque international pluridisciplinaire donne l’opportunité aux enseignants-chercheurs, chercheurs et doctorants d’apporter leur contribution à l’enrichissement des études sur l’adjectif. Dans l’élaboration de leur communication, ils seront invités à s’inspirer de la liste des axes de recherche non-exhaustive ci-après libellée :

Axes de recherche

1- L’adjectif dans les langues du monde
2- Morphologie de l’adjectif
3- Syntaxe de l’adjectif
4- Morphosyntaxe de l’adjectif
5- Sémantique de qualification
6- L’acquisition de l’adjectif
7- Typologie des adjectifs
8- L’expression de la qualité dans les parlers (urbains) jeunes
9- Les autres moyens d’expression de la qualité
10- etc.

Les résumés de communication avec 5 mots-clés en français et en anglais (500 mots au maximum) sont à envoyer au courriel suivant :

colloquebonoua2021@gmail.com


Indications

  • Titre de la communication :
  • Nom :
  • Prénoms :
  • Filiation (Université, centre de recherche, laboratoire, pays.) :
  • Spécialité ou parcours :
  • Courriel : Téléphone 

Calendrier 

  • Réception des propositions : du 10 avril au 31 juillet 2021
  • Notification d’acceptation : du 1er au 7 août 2021
  • Envoi du programme provisoire du colloque : août 2021
  • Date du colloque : 07 et 08 octobre 2021
  • Soumission des articles pour instruction (25 000 – 30 000 caractères) : 20 novembre 2021
  • Soumissions des articles corrigés pour publication : 31 décembre 2021
  • Publication des actes : mars 2022

Frais de participation

  • Enseignant-chercheur et chercheur : 50 000 frs CFA
  • Docteur non recruté : 30 000 frs CFA
  • Doctorant et mastérant : 20 000 frs CFA
  • Autres : 50 000 frs CFA NB : les frais de participation prennent en compte l’inscription, la restauration (pause-cafés, déjeuneur) et la publication

Organisateur : L’équipe de recherche L3DL-CI s/c du LADYLAD et en partenariat avec la SIL, AKOFENA, ZIGLOBITHA


Président du Comité d’Organisation

  • ASSANVO Amoikon Dyhie

Coordinateurs

  • ASSANVO Amoikon Dyhie
  • KRA Kouakou Appoh Enoc
  • TAPÉ Jean-Martial

Comité d’organisation 

  • YEO Kanabein Oumar
  • GNIZAKO Télesphore
  • SIB Sié Justin
  • GONDO Bleu Gildas
  • DODO Jean-Claude
  • ANDREDOU Assouan Pierre
  • ALLOU Alou Serge Yannick
  • KONATE Yaya
  • LAWA Gnabeu Privat
  • N’GUESSAN Affoué Cécile
  • N’GUESSAN Désiré Akpan
  • OUATTARA Folnan Benoit
  • AFFRO Agnin Sylvain
  • YEBOUA Kouassi
  • NGUESSAN-ADOU Amenan Martiale
  • KOFFI-MAMBO Adjoua Béatrice
  • TIOTE Brahima
  • N’GORAN Konan Fortuna Arnaud
  • KONAN Kouadio Michel
  • ALLA Andréa
  • COULIBALY Tenin
  • FALLE Vélérou Adelin
  • FANGMAN Kisito Charles
  • TAKORE-KOUAME Aya Augustine
  • LOUA Kouassi Cyrille
  • TANO Angoua Jean-Jacques

Comité scientifique 

  • Pr KOUADIO N’Guessan Jérémie, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Pr AHOUA Firmin, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Pr BOHUI Hilaire, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Pr N’DA Pierre, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Pr BIAKA Zasseli Ignace, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Pr ABOLOU Camille, Université Alassane Ouattara
  • Pr LEZOU KOFFI Aimée-Danielle
  • Pr NGORAN-POAME Léa Marie Laurence, Université Alassane Ouattara
  • Pr DJIMAN Kasimi, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Pr BECHIE Paul N’Guessan, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Pr DA CRUZ Maxime, Université d’Abomey-Calavi
  • Pr AINAMON Augustin, Université d’Abomey-Calavi
  • Pr QUINT Nicolas, LLACAN, INALCO, Paris
  • Pr MOUS Maarten, Université de Leiden
  • Pr BOGNY Yapo Joseph, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Pr ABOA Abia Alain Laurent, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Pr KOUAME Koia Jean-Martial, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Pr EKOU Tano Williams Jacob,Université Félix Houphouët-Boigny
  • Dr (MC) ASSANVO Amoikon Dyhie, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Dr (MC) KRA Kouakou Appoh Enoc, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Dr (MC) TAPE Jean-Martial, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Dr (MC) ADEKPATE Alain Albert, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Dr (MC) VAHOUA Kallet Abraham, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Dr (MC) KIPRE Blé François, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Dr (MC) HOUMEGA Munseu Alida, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Dr (MC) KOSSONOU Kouabena Théodore, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Dr (MC) BOSSON BRA épouse DJEREDOU, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Dr (MC) KOUAMÉ Yao Emmanuel, Université Félix Houphouët-Boigny
  • Dr (MC) ADJERAN Moufoutaou, Université d’Abomey-Calavi

Bibliographie indicative

ABEILLE, A. et GODARD, D., 1999, « La position de l’adjectif épithète en français : le poids des mots », Recherches linguistiques de Vincennes [En ligne], 28 | mis en ligne le 09 septembre 2005, consulté le 31 mars 2021. URL : http://journals.openedition.org/rlv/1211 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rlv.1211

BAKA, J., 1998, « Définition de l’adjectif en langues bantu », Afrika Focus, Vol.  14, Nr.  1, pp. 43-54.

BAKA, J., 1998, L’adjectif en bantu, PhD, ULB

BHATD, N.S., 1994, The Adjectival Category, Amsterdam.

BOUKA, L.Y., 1994, « L’accord des adjectifs du protobantou en zone H. » In : Africana  Linguistica   XI,

CREISSELS, D., 1999, « Genres indo-européens et classes nominales dans les langues Niger- Congo», in Faits de langues, n°7, pp.177-184.

DU MARSAIS, C.-C., 1789, Grammaire générale et analytique, Paris, C. Houel.

FEIKERE, S-P., 2018, « Les adjectifs en bàgìrɔ̀ » in Annales de l’Université de Bangui, série A, n° 7,

FORSGREN, M., 1993, « L’adjectif et la fonction d’apposition : observations syntaxiques, sémantiques et pragmatiques » In: L’Information Grammaticale, N. 58, pp. 15-22.

GHERASIM, P., 1998, Grammaire conceptuelle du français, Iaşi, „Demiurg”

KASPER, R., 1994, “Adjuncts in the Mittelfeld” in J. Nerbonne et al. (eds), German in HeadDriven Phrase Structure Grammar : 39-69. Stanford : CSLI.

KRA, K.A. E., 2007, « La qualification en koulango » in Studies in the languages of the Volta Basin 4, Part 1 : Nominal Constructions, Editors : Kropp Dakubu, M. E., Akanlig-Pare, G., Osam E. K. and Saah, K. K.

KAYNE, R., 1994, The Antisymetry of Syntax, Cambridge: MIT Press.

MEL, G. B., 1994, Le mbu mri (Langue aïzi d’Abra Sous-Préfecture de Jacqueville) Etude phonologique et grammaticale, Tome 1 et Tome 2. Thèse pour le doctorat d’état. Université d’Abidjan, ILA. 731 p.

MILLER, P., 1991, Clitics and Constituents in Phrase Structure Grammar, Thèse de l’université d’Utrecht [publié, New York : Garland, 1992].

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MILNER, J-C., 1978, De la syntaxe à l’interprétation, Paris : Le Seuil.

NOËL, F-J-M. et CHAPSAL, C-P., 1886, Langue française. Grammaire. Cours supérieur, accompagné de notes historiques et philologiques et suivi de notions sur l’origine et la formation de la langue française. Nouvelle édition  (par A. Lenient ), Paris, Hachette, XVIII-446 p. ; voir Irénée Carré, « Les nouvelles  éditions  des  grammaires  de  Noël  et  Chapsal »,  Revue  pédagogique , 1886,  I, pp. 348-353.

NØLKE, H., 1996, « Où placer l’adjectif épithète? Focalisation et modularité »,  Langue Française, (111), 38-58. Retrieved March 31, 2021, from http://www.jstor.org/stable/41558784

ROULON-DOKO, P., 1996, Conception de l’espace et du temps chez les Gbaya de

Centrafrique, Paris, Harmattan.

YEO, K. O., 2020, « L’adjectif qualificatif et son accord dans les langues senoufo » in Revue Akefona, Numéro 001, pp 15-30, Abidjan

YEO, K. O., 2012, Étude comparative de la morphologie nominale de six langues sénoufo, Université Félix Houphouët-Boigny, Cocody-Abidjan, Département des Sciences du Langage, Thèse Unique de Doctorat, 398 p.


Pour télécharger l’argumentaire [cliquez ici]


[1] https://www.cnrtl.fr/definition/adjectif


[1]https://www.cnrtl.fr/definition/adjectif#:~:text=L’adjectif%20est%20un%20mot,faut%20%C3%AAtre%2C%20pour%20%C3%AAtre%20tel


Mise en ligne 12 avril 2021 !!!!

2 commentaires “BONOUA 2021”

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